Sauvegardez! Archivez! Vos photos sont inestimables!

Je reviens d’une conférence de presse organisée par Seagate, j’y ai vu beaucoup de journalistes spécialistes « hardware » et  un bloggueur photo mais il est parti très vite, pas pu être présenté. J’imaginai en voir plus tellement le sujet du stockage me parait critique, que cela soit pour le professionnel ou l’amateur. L’enjeu est triple : le stockage avec la montée en pixel des boitiers,  la sauvegarde et  l’archivage. C’est donc l’occasion pour moi de faire une piqure de rappel sur le sujet en reparlant stratégie de sauvegarde et archivage.

Je vais tenter dans ce billet de présenter des principes utilisés dans l’industrie informatique de façon appliquée aux problématiques que doit gérer  l’amateur comme le photographe pro. Si vous êtes photographe, vous êtes concernés. Tout d’abord, pourquoi sauvegarder, pourquoi archiver les photos ? La réponse la plus évidente est « pour ne pas les perdre », c’est déjà une première piste … mais ça risque de ne pas suffire, le facteur « temps » est également important : certes j’ai sauvegardé mes photos mais en combien de temps suis-je capable de les récupérer en cas de perte et certes j’ai archivé mes photos mais serais-je capable de les lire dans 20 ans ? (qui n’a pas des diapositives de famille plutôt difficiles à regarder maintenant ?). Maintenant que j’ai soulevé de nouvelles interrogations, entrons dans le vif du sujet.
Débarrassons-nous d’un point de vocabulaire pour commencer,  sauvegarde ou archivage? Pour faire court, on va dire que 
  • La sauvegarde couvre les photos « vivantes » : typiquement en cours de retouche, l’objectif est de pouvoir redisposer dans un délai court des photos si notre support habituel de stockage rend l’âme.
  • L’archivage couvre les photos « finalisées » : les photos prises il y a « longtemps » que nous considérons comme finales, l’objectif est de pouvoir les consulter dans  10, 15 ou 20 ans. Pour l’archivage, la rapidité de remise à disposition est beaucoup moins critique que le fait de pouvoir le faire. 
Ceci étant éclaircit – je l’espère, cela implique 2 choses : le support de sauvegarde doit permettre une restauration rapide et le format comme le support d’archivage doivent être pérennes.

L’archivage

Si vous ne faites que des photos en jpg, je considère que c’est un format « stable », il y a peu de chances qu’il disparaisse ces prochaines années tant il est utilisé sur Internet. Si ça arrive, vous serez bon pour une conversion de masse (comme vous devriez le faire en transformant vos vidéos de famille en super 8 en fichier avant que personne ne le fasse plus).
Si vous faites vos photos en RAW (c’est là que certains vont raller) je pense qu’il faut les transformer en DNG qui est un format ouvert et documenté (le convertisseur est en libre téléchargement sur le site d’Adobe, Lightroom peut le faire dès l’importation). J’entends déjà les « oui mais mon format ORF de Nikon contient plus d’information » (je vous laisse transposer pour Canon). Je vais faire court en vous donnant mon sentiment personnel  (si ce n’est pas le votre, don’t act, je ne suis pas là pour le battre ;)) : les constructeur sont à la ramasse sur ce sujet, on parle maintenant dans l’industrie d’open data et de normalisation : que ferais-je de ces informations complémentaires dans 10 ans si je ne peux même pas lire les informations primordiales ? Cette politique de protectionnisme me rappelle la défense bec et ongles du Minitel en France face à Internet, on avait de l’avance … on a mis des années à combler notre retard et on se trimbable les infrastructures du minitel jusqu’à juin 2012.
Coté support d’archivage, c’est une autre affaire et je n’ai pas de solution toute prête à vous donner mais juste quelques pistes:
  • Le stockage en ligne ? c’est quand même super lent et qui sait si ces boites existeront dans 10 ans
  • Les gravures de DVD ? Comptez 3 ans de durées de vie, et encore il va falloir apprendre à graver comme il faut un DVD. Quant aux blu ray, ils se démocratisent mais je n’ai aucune idée de leur durée de vie
  • Les disques durs ? Attention aux interfaces, on est sur du SATA maintenant, il devient de plus en plus dur de lire un disque IDE/PATA (ne parlons plus du MFM), et au stockage des disques (humidité, etc.)

N’ayant pas tranché la question, j’applique pour l’archivage les mêmes règles que la sauvegarde (du rapide donc, si vous avez tout suivi) : ce n’est pas optimisé en terme de coût et je ne peux me le permettre que parce que mon stock de photographie ne dépasse pas la taille des « gros » disques durs du moment (j’ai moins d’un Tera-octet de photo, même moins de 500Go si je ne compte pas les jpg générés). Parlons donc maintenant de sauvegarde!

La sauvegarde

Pour parler sauvegarde il faut revenir au « pourquoi » de la sauvegarde : protéger ses photos. Mais de quoi ? Les risques sont multiples :
1. Celui que tout le monde identifie : le disque de travail lâche.
2. Celui que l’on croit réserver au malchanceux : plusieurs disques crament en même temps (au hasard, la foudre)
3. Ceux que l’on oublie : les risques physiques comme le vol (le voleur vous prendra tous vos disques, ne rêvez pas) ou l’incendie (idem, quand ça brûle, ça brûle)
4. Ceux que l’on oublie complètement : les risques majeurs type catastrophe naturelle, regardez la zone inondée en Thaïlande il y a peu.
Tous ces risques sont à couvrir, cela veut déjà dire qu’avoir des disques en RAID dans un NAS n’est pas sauvegarder : il vous faut au moins une sauvegarde 2 points : un chez vous et un « hors site », une copie chez vos parents/enfants par exemple (encore faut il que vous ne soyez pas voisins).
Vous allez avoir des problématiques de synchronisation des données et de temps de récupération, ce qui va vous orienter vers un 3 points : un NAS en Raid en local et une sauvegarde hors site. C’est encore ennuyeux pendant la période de synchronisation.
Vous arrivez au 4 points en ajoutant une copie que vous avez toujours sur vous. C’est la solution que j’ai choisie, elle me demande 4 copies des données (vous comprenez maintenant pourquoi cette solution n’est pas optimale pour l’archivage et que je peux la mettre en œuvre que parce-que mon stock de photo est raisonnable).

Comment ça se passe en pratique ?

Pour la réplication locale instantanée,  j’ai un NAS QNAP 2 baies qui contient 2 disques de 2 To. J’ai choisis des disques Seagate. Comme je l’avais expliqué dans un autre billet, il y a disque dur et disque dur. J’ai donc mis au moins un disque de classe entreprise, l’autre est un disque de classe bureautique. Il s’agit d’un Seagate Constellation ES (ST32000644NS) pour le premier et un Seagate Barracuda XT (ST32000641AS) pour l’autre. Le NAS est relié en gigabit à l’ordinateur : je travaille directement sur le NAS.
J’ai configuré ce même NAS pour sauvegarder automatiquement sur un disque externe USB dès que je le branche sur le NAS. Je fais ça sur un disque externe de 2,5″ que j’ai toujours sur moi (toujours !)
J’ai aussi installé sur le NAS le logiciel crashplan, utilisé en mode « entre amis ». Les amis en question sont mes parents.  J’ai réalisé ma première réplication en local et ai attaché le disque chez eux. Maintenant la réplication se fait en automatique via le web, mais seulement pour le différentiel. Je cherche une autre solution. En effet, c’est pas toujours pratique : je dois demander d’allumer le PC et le disque externe de temps en temps.

Le budget

Je vous préviens, ça va un peu vous secouer. 
  • Le NAS, dans mon cas un Qnap TS-239 Pro II+. Disons qu’il vous faut à minima le premier modèle pour 2 disques avec un processeur Atom (sans ça, impossible d’installer crashplan dessus). Si vous écartez crashplan, un 2 baies classique suffit. Entre 300€ et 500€ vide
  • 2 disques durs, disons 2To chacun. Si vous êtes sur des modèles bureautique, 250€ les deux, quasiment le double en disque de classe entreprise. Pas la peine d’avoir des disques ultra rapides, privilégiez la fiabilité si vous avez le choix. Je privilégie personnellement Seagate, c’est mon choix personnel (j’ai testé leur SAV, j’ai eu moins de soucis qu’avec les autres marques)
  • Un autre disque, externe cette fois pour chez mes parents, 2To encore une fois. Je vais changer le mien (j’avais un montage maison dans un boitier peu aéré) par un GoFlex Desk de Seagate : le principe de base d’accueil me plait bien, c’est actuellement de l’USB3, je pourrai passer au Thunderbolt quand il sera dispo sur PC sans changer de disque. Compter 150€ (poussez jusqu’à 200€ pour avoir un 3To…)
  • Et pour finir un disque externe 2.5″ qui reste dans mon sac. On plafonne actuellement à 1To (le mien est un peu vieux, j’ai “que” 500Go). Et hop, 150€ de plus

Edit : Voilà un panier tout prêt chez LDLC qui me parrait permettre de contruire une solution sérieuse (et entièrement automatisable), au prix minimum dans cette optique et tournée vers l’avenir (de la place pour ajouter des disques par la suite). Vous soutiendrez le blog en passant par ce lien 😉

Pour faire court, compter … 1000€ (qui a dit que l’argentique était cher ?), je vous fait une version “budget” ? 
  • vous enlevez un des 2 “points” (sur vous ou “parents”) (-150€)
  • prenez un NAS plus léger et ferez des synchros manuelles (enlevez plutôt la solution parents, les synchro sont dures à organiser s’ils sont loin), comme un Synology DS-212j (200€ au lieu de 500)
On tombe à 600€ environ, en dessous c’est pas sérieux…

Quelques pistes de produit

Si vous en prenez un, vous pouvez soutenir le blog en passant par ces liens (ou via la page soutien)
Et vous, quelles sont vos solutions ? Est-ce que vous avez des questions ? Les commentaires sont ouverts, je ferai de mon mieux pour vous répondre 🙂

9 réponses

  1. Fred dit :

    Salut

    je ne travaille que sur un ordi portable et voici la solution pour laquelle j'ai optée : 
    Je n'utilise que Crashplan
    1) Crashplan gère la sauvegarde sur disque dur et, dès que je connecte mon disque dur (il faut quelques minutes pour s'assurer que le logiciel "reconnaisse" la présence du disque), il gère la copie de toutes mes données (photos et fichiers perso) ; je ne m'occupe de rien
    2) j'ai opté aussi pour la solution crashplan online (payante) qui présente l'avantage d'être illimitée en stockage

    Si je devais retenir des inconvénients de ces solutions :
    – les données sont cryptées, que ce soit sur le disque dur ou online ; ce n'est pas un vrai problème en soi mais ce n'est pas la peine d'espérer pouvoir se déplacer avec mon disque chez quelqu'un pour partager directement mes données, il faut vraiment que je fasse d'abord la copie de mes fichiers ; t ça rajoute du temps dans la récupération des données

    – Online, à part passer par l'appli du téléphone (Android), je ne peux pas me connecter depuis un navigateur pour aller pour récupérer des fichiers dont je pourrais avoir besoin (RIB,…) donc, pour cela, j'utilise un autre service (j'hésite entre ubuntu one, box.net… ou autre…)

  2. Fred dit :

    Petite question additionnelle : combien coute environ ton installation NAS?

  3. Fred dit :

    je viens d'ajouter le budget rien que pour toi 😉

  4. Fred dit :

    Je bosse aussi avec un portable 😉 je fait du manuel si je suis VRAIMENT obligé (je suis pas chez moi…)
    1/ attention, tu as un moment ou tu n'a pas de sécurité : quand tu traites tes photos, elles ne sont que sur ton portable
    2/ j'ai abandonné, trop lent en upload, encore pire en download si je dois tout récupérer (pour moi ça dépasse … le mois de transfert)
    pour tes inconvénients :
    – tu peux demander à crashplan de ne pas crypter. Par contre ce qui est synchro reste crypté (et reste accessible ;)). Tu es bon pour un redémmarage à zeron si tu veux tout en clair
    – dropbox pour ma part

  5. Fred dit :

    Merci pour les réponses  😉

  6. Fred dit :

    Merci pour l'article très complet !
    Le format TIFF n'a pas été cité. Mis à part le fait que les fichiers sont volumineux (s'ils ne sont pas comprimés), c'est me semble-t-il le seul format en dehors de DNG à être relativement standard et à pouvoir supporter 16 bits (=> aucune perte par rapport aux RAW à l'heure actuelle).
    Pour ma part, je suis équipé d'un PC fixe sur lequel je travaille … en RAW ;-).
    Je synchronise mes données sur un NAS Qnap tout simple (1 disque).
    Pour ce faire j'utilise le logiciel SyncBack de 2brightsparks qui me plaît bien (copie différentielle, possibilité de versionner les fichiers, … bref plein d'options; je l'avais principalement choisi par rapport à la concurrence gratuite parce qu'il permet également de faire des sauvegardes par FTP pour mon site web).
    Ma grosse lacune concerne la sauvegarde hors site pour laquelle je suis trop flemme pour mettre quelque chose en place.
    Je viens de tester le nouveau service de sauvegarde en ligne d'OVH, très avantageux et prometteur, mais actuellement lent à n'en jamais finir.
    Je retiens l'idée d'un disque dur sur soi, même si en été je suis certain qu'il restera plutôt à la cave que dans ma poche de short ! 😉

  7. Fred dit :

    A propos de "Si vous faites vos photos en RAW (c’est là que certains vont raller) je pense qu’il faut les transformer en DNG" je suis tout à fait d'accord car c'est le seul format qui subsisterait après une faillite de société par exemple, et personne ne devrait râler car Adobe DNG Converter permet de convertir en conservant l'original.

  8. Fred dit :

    Pour ma part, je pense qu'on peut faire moins cher en optant pour le choix : NAS + flickr pro
    J'ai pris un vrai NAS (readynas nvX : raid 5, 5 baies, etc…), du coup je travaille en direct mes photos -merci l'ethernet giga- et sauvegarde dessus.
    Le compte flickr pro est autour de 15€/an, c'est pas la mort.
    il existe des soft gratuit de synchro dossier vers flickr et aussi des soft pour rapatrier tout le contenu flickr en cas de gros crash
    Que pensez-vous de ma solution ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.